Championnat du monde – la medal race vue de l’intérieur

Championnat du monde – la medal race vue de l’intérieur

Je profite de ce blog pour partager mes sensations durant la medal race du championnat du monde de finn qui a eu lieu à Balaton en Hongrie ce mois de septembre 2017.

Petit rappel au matin du dernier jour du championnat, c’est-à-36274736293_0dd905817e_kdire avant la medal race.

Sur le plan comptable, nous avons déjà couru et validé sept manches sur dix. Je suis troisième avec le même nombre de points que l’anglais deuxième au classement, et à sept point du suédois qui est leader.

Sur le plan émotionnel, nous sommes au septième jour de compétition… Nerveusement c’est long. Depuis deux jours le vent n’est pas au rendez-vous. Nous avons passé notre temps à attendre à terre et sur l’eau dans l’espoir de pouvoir courir les trois dernières manches au programme. En vain…

Le matin de la medal race, à mon arrivé au Club, il n’y a pas de vent et la météo n’est pas très optimiste pour la suite de la journée. Je ne me pose pas trop de question et prépare mon bateau comme si nous allions courir la medal race à l’heure. Cela me permet de me mettre en condition et de me projeter sur la course à venir. Je suis à la fois tendu et relâché. D’un côté, j’ai peur de ne pas avoir l’occasion de disputer la course faute de vent, d’un autre côté, je suis très excité à l’idée de pouvoir être champion du monde.

Le vent rentre sur le plan d’eau, le comité de course décide de nous envoyer sur l’eau pour lancer la medal race (pour les dix premiers au classement général). Je suis un peu stressé en allant sur la zone de course. Je prends le temps de bien maîtriser ma respiration en cherchant à respirer amplement et tranquillement de façon très régulière. Je ne pense à rien. Je laisse mon corps s’imprégner de tous les stimuli que je reçois, comme le vent sur mon visage, la pression du bateau sous mes fesses, les sensations dans les mains lorsque je barre le bateau, la pression dans l’écoute et la voile. J’essaie de me mettre en phase avec mon environnement. Je navigue sans trop réfléchir, de façon presqu’automatique, en utilisant le minimum d’énergie possible. Je suis de plus en plus relâché, je fais confiance à mes sensations et mon ressenti pour décider de ma stratégie pour le départ et le début de la course. Je vois du vent très aléatoire en force et en direction, j’ai tout de même l’impression qu’il y a un peu plus de pression sur le côté droit du plan d’eau.

Le comité lance la procédure, dans cinq minutes c’est le top 36952576886_121309fc9e_kdépart!

Le vent est très léger, environ cinq noeuds. Je choisis de partir au vent du paquet pour pouvoir exploiter la droite du plan d’eau. Pendant la procédure de départ, il n’y a pas d’émotion, je suis concentré sur l’action et la réussite de mon départ.

J’arrive à prendre un bon départ au comité, c’est parti!

Je souffle un bon coup et me concentre pour faire aller vite le bateau. Assez rapidement, j’ai du mal à tenir la position au vent, et je choisis d’exploiter cette oscillation pour me positionner à droite du plan d’eau. Dans un premier temps, je suis assez satisfait de mon choix, j’ai l’impression qu’il y a davantage de vent à venir. Cependant, je me suis trompé, le vent est rentré de l’autre côté du plan d’eau, tous les bateaux qui sont à ma gauche prennent l’avantage, je me retrouve dernier à la première bouée.

A ce moment précis de la course je suis sorti du podium, je ne pense pas une seconde au résultat, je suis uniquement focalisé sur la suite de la manche. Je suis extrêmement concentré pour saisir la moindre opportunité dans l’objectif de refaire mon retard et remonter des places. Je sais que l’erreur à ne pas commettre dans ce genre de situation, c’est de surjouer et de prendre trop de risques. Je reste très attentif à me positionner par rapport à mes adversaires afin d’être le premier à pouvoir exploiter une variation de vent, sans partir complètement à l’opposé, avec pour conséquence me faire distancer pour de bon.

36838132926_ca09a6d320_kC’est une tactique payante.

Dès la fin du vent arrière, je suis de retour dans le paquet et j’enroule sous le vent en septième position. Je suis vraiment concentré sur l’action, je ne pense pas du tout aux conséquences et au classement. Je reste sur la même ligne de conduite, à savoir, exploiter toutes les opportunités sans exagérer. C’est assez difficile de naviguer dans le paquet car nous sommes très souvent gêné par un autre concurrent. J’essaie de rester calme lorsque cela se produit, je prends le temps d’analyser la situation avant de me dégager.

À ce moment précis de la course, le plus difficile est d’accepter que je suis en difficulté afin de pouvoir rester calme, dans le but de faire des choix objectifs sur ce que je vais faire ensuite pour ne pas subir les évènements.

À la dernière bouée, je ne suis toujours pas assuré de monter sur le podium, mais il reste encore le dernier vent arrière avant l’arrivée. Je prends le temps de respirer afin de retrouver un rythme ample et tranquille, pour être à 100% de mes capacités techniques et tactiques. Je suis très concentré sur ce qui se passe autour de moi afin de pouvoir exploiter la moindre variation de vent. Je mets beaucoup d’attention sur ce que je ressens que ce soit au niveau des mains, des pieds ou des fesses, pour conduire le bateau du mieux possible.

Je me positionne juste sur le côté du paquet, à l’opposé du suédois et juste devant l’anglais. Le vent est très faible mais petit à petit, je remonte des places. Je commence à prendre l’avantage sur le paquet de bateau juste à côté de moi. Je suis complètement concentré sur la vitesse du bateau.

Je franchis la ligne d’arrivée en cinquième position.

Je sais déjà que je suis au moins deuxième puisque l’anglais est derrière. Le hollandais quatrième avant la medal race, gagne la course, mais cela ne suffit pas pour me passer devant. Je me retourne et compte les bateaux entre le suédois et moi…. Un, deux… C’est très serré entre les bateaux mais je pense qu’il n’y a que deux bateaux qui nous séparent au lieux des trois nécessaires pour lui prendre la place de leader. Lorsque le comité de course affiche le classement final, c’est confirmé, il n’y a que deux bateaux qui nous séparent.

Je termine donc deuxième au général… À un tout petit point du suédois. Je suis partagé entre la satisfaction et la déception.

Ce que j’aime dans ce sport c’est ce mélange d’émotions fortes. C’est essentiellement pour vivre ce genre de moment, à la fois agréable et désagréable que je navigue toujours avec autant de plaisir.

Merci pour votre attention.

Jonathan Lobert.

37143960925_de58ae0574_k36329961933_d04a91d103_k

 

Partager

About the Author